Micro-BIC : un abattement forfaitaire généreux, mais aveugle aux charges réelles
Le régime micro-BIC s'applique de plein droit tant que vos recettes locatives meublées brutes ne dépassent pas 77 700 € par an pour une location classique (le seuil tombe à 15 000 € pour un meublé de tourisme non classé, depuis la loi Le Meur). Il applique un abattement forfaitaire de 50 % sur le loyer brut (30 % pour le tourisme non classé), censé couvrir l'ensemble de vos charges, sans justificatif à produire. C'est le régime le plus simple à déclarer : aucune comptabilité, aucun expert-comptable nécessaire. Son défaut majeur, c'est qu'il ignore totalement l'amortissement du bien et du mobilier. Or c'est justement ce levier qui fait la force fiscale du LMNP. Dès que votre bien est financé à crédit ou représente un montant significatif à amortir, le micro-BIC devient rarement optimal.
Régime réel : l'amortissement, l'arme fiscale du LMNP
Le régime réel déduit vos charges réelles (intérêts d'emprunt, taxe foncière, assurance, frais de gestion, travaux d'entretien) et permet en plus d'amortir comptablement le bâti (hors valeur du terrain) et le mobilier sur leur durée d'usage réelle, typiquement 25 à 30 ans pour le bâti, 5 à 10 ans pour le mobilier et l'équipement. Cet amortissement est une charge non décaissée : il réduit votre revenu imposable sans sortir un euro de votre poche. Il ne peut cependant jamais créer de déficit imputable sur vos autres revenus : il réduit le revenu locatif imposable jusqu'à zéro, et l'excédent non utilisé est simplement reporté sans limite de durée sur les années suivantes.
Le vrai avantage : un revenu imposable proche de zéro pendant longtemps
Parce que l'amortissement du bâti s'étale sur plusieurs décennies et représente souvent une part importante du prix d'achat, la combinaison amortissement + intérêts d'emprunt + charges ramène fréquemment le revenu imposable LMNP à zéro pendant dix à quinze ans, voire davantage, alors même que le cash-flow réel reste positif. C'est la raison pour laquelle la plupart des investisseurs LMNP expérimentés basculent au réel dès que l'opération dépasse une taille modeste, malgré la nécessité de tenir une comptabilité et, en pratique, de recourir à un expert-comptable spécialisé.
Exemple chiffré : un studio meublé à 120 000 €
Prenons un studio acheté 120 000 € (dont 90 000 € de bâti et 30 000 € de terrain, non amortissable), avec 8 000 € de mobilier. Il est loué 600 € par mois, soit 7 200 € de loyer annuel. Au micro-BIC, l'abattement de 50 % ramène le revenu imposable à 3 600 €, soit environ 1 699 € d'impôt et prélèvements sociaux (47,2 % au total). Au réel, les charges réelles s'élèvent à 2 500 € d'intérêts d'emprunt, 700 € de taxe foncière et 150 € d'assurance, auxquelles s'ajoutent 3 600 € d'amortissement du bâti (90 000 € / 25 ans) et 1 143 € d'amortissement du mobilier (8 000 € / 7 ans) : soit 8 093 € au total, supérieur au loyer perçu. Le revenu imposable est donc ramené à 0 €, avec un solde de 893 € d'amortissement non utilisé, reporté sur l'année suivante. L'économie d'impôt du réel par rapport au micro-BIC atteint ici environ 1 699 € la première année, et se prolonge tant que le stock d'amortissement disponible dépasse le loyer.